La Corée du Nord fait régulièrement la Une des médias occidentaux. Menace nucléaire, dernier régime communiste de la planète, pays fermé, inaccessible. Lorsque l’on jette un coup d’œil à une carte de la péninsule coréenne, on prend conscience de la proximité de Séoul, capitale de la Corée du Sud, avec la frontière de son turbulent voisin.
A priori, hormis pour quelques vétérans américains de la guerre de Corée, le pays n’est pas, par essence, une destination touristique. Séoul, mégalopole gigantesque est à première vue un immense dédale d’autoroutes, d’immeubles à perte de vue, coupée en deux par le large fleuve Han.

Pour le voyageur d’affaires, Seoul est une ville dédiée au business. Rendez-vous à la file, entrecoupés de longs trajets et d’heures d’embouteillages. Au cœur de la ville, le quartier de Myong Dong est depuis quelques années, l’endroit où il fait relativement bon flaner, le long des rues piétonnes. Sensation nouvelle dans une ville au cœur de laquelle se trouve une base militaire américaine, vestige de la guerre et rappel du statu-quo signé en 1953 à Panmunjeon. Le conflit reste omniprésent dans les esprits. A la télévision, la chaîne AFNK, destinée aux troupes américaines présentes, est un rappel permanent de la situation explosive et complexe de la région.
De fait la zone démilitarisée, sur le 38e parallèle est devenue une curiosité touristique. Des tours sont organisés par des agences spécialisées. Pour un prix relativement modique, on peut s’offrir le grand frisson !
Prêts pour l’expérience ? Vous embarquez à bord d’un minibus avec d’autres touristes curieux. Ambiance internationale, Américains, Australiens, tous en Corée pour quelques jours, s’offrant quelques heures de répit. Le long de l’autoroute remontant vers le Nord, on longe la rivière. Barbelés, postes de garde à intervalles réguliers. De lourds ponts enjambent l’autoroute, par endroits. Le guide explique qu’ils sont bourrés d’explosifs et que leur destruction servirait à ralentir l’avancée des troupes nord-coréennes en cas d’invasion.. Sympa !

Après une cinquantaine de kilomètres, nous arrivons sur zone. L’entrée de la DMZ (Demilitarized Zone) est gardée conjointement par des troupes américaines et sud-coréennes. Contrôle des passeports. Nous reprenons la route. A travers champs. Quelques villages ça et là. Premier arrêt. Quelques vieux blindés et hélicoptères sortis de MASH rouillent tranquillement à côté d’une petite boutique de souvenirs.
Suite du trajet à travers bois. De chaque côté de la route des pancartes annoncent la couleur : Danger Mines ! Têtes de mort blanches sur fond noir.

Second arrêt, le musée consacré à la guerre de Corée, projection de films, explications par un militaire en uniforme, de la situation. Ambiance briefing. Tous assis devant une maquette de la DMZ. Sortie sur la terrasse. Chacun regarde vers le Nord. Au delà de la frontière. Photos interdites (la photo ci-dessous m’ayant valu une réprimande de la part du militaire de faction).

Troisième étape : le tunnel d’infiltration. Le MUST absolu de la journée.

Depuis 1953, les frères ennemis se font face. Haine froide, ponctuée d’incidents frontaliers. Échanges de tirs sporadiques. Moins anecdotique, la découverte régulière par les Sud-coréens de tunnels creusés sous la frontière et destinés à préparer l’invasion du sud. Le boyau que nous visitons est à 75 mètres sous la surface du sol. Tunnel de moins de 2 mètres de haut sur 2 mètres de large creusé dans la roche. On y accède par une rampe de 200 mètres, un casque de chantier sur la tête. Photos interdites ici aussi. Commence alors la progression sous terre sur quelques centaines de mètres. Puis arrêt. Le tunnel a été bouché par du béton. Sacs de sables et barbelés. Une caméra de vidéo-surveillance observe en permanence le mur. Au cas où... Nos guides expliquent que les traces d’excavation laissées dans la roche ne laissent planer aucun doute quant à l’origine du tunnel. Creusé du nord au sud. Retour sur nos pas. remontée de la rampe. Un détai l : 200 mètres d’une pente assez raide. Un excellent exercice physique !!!
Minibus encore pour l’avant-dernière étape : la gare TGV. Une ligne de train à grande vitesse relie Pusan à Séoul, traversant la péninsule du Sud au Nord.
La gare de Dorasan est située au nord de Séoul. L’infrastructure est prête pour poursuivre la ligne jusqu’à Pyongyang.
Et c’est une clé importante pour comprendre la situation géopolitique locale. Pyongyang gesticule. De temps à autre, teste un missile ballistique qui sème le trouble dans la région, histoire de peser sur ses négociations permanentes avec le Sud.
Déjà, des entreprises sud-coréennes ont installé des usines au Nord dans des zones spécialement aménagées. Il existe une liaison routière entre les deux pays. Un des freins avoué à la réunification est son coût. Les sud-coréens ont analysé le scénario de la réunification allemande et ne souhaitent pas son application locale qui aurait de lourdes conséquences sur l’économie du pays.
Dernière étape : le déjeuner, compris dans la tour ! Gastronomie coréenne à base de kimchi (chou mariné et piment, LE plat national), et korean barbecue, arrosé de thé ou de bière locale.
Retour à Séoul en milieu d’après-midi. Les plus motivés finiront la journée par la visite du Mémorial de la guerre de Corée, à proximité d’Itaewon. Pour les passionnés de la chose militaire, vaste exposition de blindés, canons, avions de toutes tailles. Le B52 est impressionnant !








