YVVoyage : Vous êtes un pianiste nomade , pouvez vous me décrire votre concept ?
Marc Vella : C’est le désir des autres et du monde qui m’a poussé à prendre mon piano et partir vivre cette immensité.. En 20 années, ensemble, nous avons parcouru 150 000 Km sur les routes et chemin de la planète afin de célébrer la foi en l’Humain...
YVV : Comment en êtes vous arrivé là ? MV : Une enfance difficile, où pendant 15 ans on m’a reproché d’exister... J’ai pu traverser cet océan de solitude et d’humiliations... Debout sur l’autre rive, j’ai constaté qu’il y avait beaucoup de personnes semblables à moi... Je fus touché chaque fois par ces "sans tendresse", par ces détresses silencieuses mais qui vous terrassent en un rien dans l’indifférence quasi générale... Avec mon piano, j’ai voulu apporter un peu de rêve et offrir de l’émergence...
YYV : Pourquoi avoir choisi le piano et pas par exemple la guitare, plus facile à transporter ? MV Je n’ai pas choisi le piano, il a toujours été là dans mes enfers...
YVV : Le piano est-il mieux accueilli ? MV : Sans doute ? Il est certain que le piano est un instrument fascinant... dans beaucoup de pays, les gens n’avaient jamais vu un piano à queue...
YVV : Plus universel ?
MV : Je ne pense pas qu’il soit plus universel mais avec l’utilisation des varaicordes, j’ai tenté cette universalité.
YVV : Comment se passe un concert type en plein milieu du désert et des populations locales ? MV : Les gens sont totalement sidérés, impressionnés mais en vérité, je joue peu... Au bout de dix minutes, j’aime à inviter les villageois à jouer avec moi... Je fais monter un papi, des enfants, tout ça dans les rires, dans la joie, et nous improvisons.. ; J’aime cette musique improbable, pleine de maladresses, traduisant la part fragile et vacillante qui chaque fois me fait chavirer...
YVV : Sont-elles réceptives ?
MV : Évidemment ! Mais elles sont réceptives à ce contact que j’établis, ce lien libre qui délie... Elles sont réceptives au fait que je quitte mon piédestal pour les inviter à monter à ma place ou à mes côtés... L’effet est magique ! Les coeurs s’ouvrent.
YVV : Quel est leur regard sur vous ? Et vice-versa ? MV : Il doit y avoir autant de regards que de personnes rencontrées... Difficile de répondre à cette question. Il y a sûrement des gens qui sont touchés, d’autres qui seront indifférents, et d’autres qui pourraient se sentir agressés par ma démarche d’amoureux libre... De mon côté, mon regard, reste toujours le même... J’apprends à accueillir cette palette de ressentis, j’apprends à vivre en m’affranchissant de toute peur, j’apprends à apprivoiser mes désirs qui parfois pourraient me faire trébucher, j’apprends à sourire même quand le danger peut être extrême... J’apprends la confiance de tous les instants... Il m’arrive de ne pas être d’accord avec certains comportements, mais jamais je ne me sens meilleur. L’ignorance qui parfois se révèle à mes yeux, met en lumière mes parts imparfaites, mes insuffisances... Chaque jour, j’essaye de mettre à profit ces expériences pour grandir.
YVV : En quoi ces voyagent modifient-ils votre vision du monde ? MV : Ces voyages m’apprennent à ne pas essayer d’imposer mes intuitions, et mes croyances... A chacun sa vérité, c’est tout... Ce qui est juste là, ne peut l’être ailleurs... Je me rends compte à quel point il a été criminel d’avoir imposé à d’autres peuples notre culture, la soi-disant civilisation, nos cultes, nos certitudes...
YVV : De l’Autre ? MV : Ma vision de l’autre reste inchangée... il est un merveilleux chant en friche... j’ai bien écris Chant...
YVV : Ou de la Musique ? MV : Ma conception de la musique a changé oui, je ne cherche plus à l’enfermer sur du papier... J’ai appris à me laisser traverser par la grâce lovée en chaque instant qui nous sont donnés... Aujourd’hui, j’improvise, comme le musicien du désert, ou le musicien des montagnes...
YYV :: Les musiques du monde influencent-elles votre composition ?
MV : Elles m’ont porté jusqu’à l’extrême, jusqu’au coeur du silence...
YYV : De quel folklore vous sentez-vous le plus proche ?
MV : Celui ou se mêle la joie et le sacré...






