![]() La Tunisie vous attend
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Commencé le 17 décembre par l’immolation d’un marchand ambulant, le mouvement tunisien de contestation sociale a provoqué la fuite du président Ben Ali le 14 janvier. Depuis cette révolution qui a gagné ses voisins arabes, la Tunisie ne parvient pas à retrouver ses touristes. Et pourtant le tourisme est vital pour son économie. A YouVox Voyage nous pensons que chacun peut apporter modestement une toute petite pierre à l’édifice et exprimer sa solidarité en retournant en Tunisie. Alors nous n’avons pas hésité une seule seconde la semaine dernière à accepter l’invitation à nous rendre dans le Sud du pays. Et nous avons pu constater par nous-mêmes que la situation est redevenue très calme. Et que la Tunisie est de nouveau prête à vous accueillir. Vendredi 25 mars21h05. Le vol Paris-Djerba de Tunisair est plein, avec beaucoup de Tunisiens et de Franco-tunisiens à bord, mais très peu de touristes. L’avion vient d’atterrir et tout nous semble normal à l’aéroport. Calme mais normal. Au chauffeur qui nous amène vers notre hôtel nous demandons aussitôt ce qui a changé depuis la révolution du jasmin. Et il ne comprend pas notre question ! « La révolution de quoi ? Le jasmin, ah oui il y en a beaucoup ici ». Nous comprendrons très vite pendant notre séjour que cette appellation exotique a été inventée par les observateurs internationaux. Et que les Tunisiens ne la reconnaissent pas. Eux l’appellent « la Révolution de la dignité » et les plus jeunes parlent de « Révolution Facebook ».
Les routes de l’île sont désertes et l’heure tardive n’explique pas tout : une trentaine d’hôtels (sur les 130 que compte Djerba) sont fermés, beaucoup ont en profité pour faire des travaux en attendant que les touristes reviennent. A notre arrivée à l’hôtel Seabel Rym Beach, à 6km de Midoun c’est aussi très calme. « Moins 60% de clients par rapport à mars 2010 » nous disent les responsables. Samedi 26 marsLa journée commence par une visite de l’hôtel. Et notre regard est attiré par la salle de jeux de cartes qui accueille une expo photos de la Révolution.
Une trentaine d’images fortes qui témoignent du combat des Tunisiens demandant la liberté, la justice et la démocratie. Et de leur fierté d’avoir montré le chemin de la liberté à leurs voisins arabes et d’avoir vu dans les manifestations en Egypte et en Libye des drapeaux tunisiens. Au milieu de ces clichés il y a aussi une étonnante attestation signée par les clients qui ont choisi de rester au Seabel Rym Beach pour vivre ces événements avec les locaux, malgré parfois le désaccord de leur tour-opérateur.
Mourad Belajouza directeur général du groupe Seabel Hotels Tunisia avait déjà tenu à remercier ces clients fidèles à travers une déclaration. Aujourd’hui encore il réitère ses remerciements et se félicite du nouveau chemin pris par son pays même si « cela va nous coûter cher car on va perdre une année de tourisme mais c’est le prix de la liberté et ce n’est rien par rapport à ce que l’on va gagner en étant libre ».
Et Mourad Belajouza d’appeler aussi les autorités à se montrer solidaires. En ouvrant le ciel pour permettre à toutes compagnies aériennes de venir dans les aéroports tunisiens. Et en levant les restrictions des ministères des Affaires étrangères européens qui déconseillent encore aux voyageurs l’intérieur du pays (comme la France dont la dernière mise à jour date du 15 février !), voire le pays tout entier comme la Russie. Pour prendre le pouls de la population locale et découvrir les menzels (ces habitations traditionnelles) nous prenons alors la direction de Houmt Souk la capitale de Djerba. Au restaurant Essofra, le truculent Lazhar propose une cuisine typiquement djerbienne délicieuse (épices, cuisson à la vapeur, calamars et boudins farcis) et si son établissement très côté est presque plein aujourd’hui, ses clients sont Tunisiens. Mais il veut se montrer patient : « Oui les touristes ne sont pas là. Mais quand on passe par une telle période, on ne peut pas se plaindre. Maintenant on respire et on a le droit de parler. Alors il va falloir donner du temps au pays pour repartir ».
D’habitude noirs de monde, les rues et les souks ne sont occupés que par les locaux.
A 22km de là, Guellala célèbre pour ses ateliers de poterie
Dimanche 27 marsDirection le grand sud aujourd’hui. Sur le chemin vers Tataouine rempli d’oliviers nous approchons de Ben Gardane. Le sable du désert, pourtant distant de 80km, est déjà présent. Tripoli est à 235km, mais la frontière libyenne à seulement 37. Là encore tout est calme, quelques militaires sont visibles, une voiture immatriculée en Libye passe, mais rien de plus. A Tataouine, ancien bagne militaire à l’époque du protectorat, le siège du Rassemblement constitutionnel démocratique, le parti crée par Ben Ali en 1988 dissous le 9 mars, est toujours debout. Mais ses photos ont disparues et l’établissement a été rebaptisé "La maison du peuple".
A 18km à l’ouest nous nous arrêtons à Chenini petit village berbère où vit une centaine de familles dans des maisons semi-troglodytes (creusées horizontalement dans la paroi de la montagne) qui offrent une température constante entre 20 et 30°. Il n’y a pas d’eau à l’intérieur mais l’électricité est arrivée il y a 13 ans. « Et nous aussi nous avons regardé la révolution à la TV même si aucune chaîne ne parle notre langue » nous indique notre guide Karim en nous emmenant jusqu’au bijou de cet endroit très fréquenté : la mosquée blanche située à 698m d’altitude.
Nous croisons quelques groupes de touristes. Mais à l’heure du déjeuner Chez Mabrouk en bas du village nous ne sommes qu’une dizaine dans le restaurant qui peut servir jusqu’à 600 couverts chaque midi... Zouheir, le fils du fondateur, dit que « ça reprend timidement », qu’il a réussi pour le moment à garder sa trentaine d’employés mais s’interroge « pour combien de temps encore... », et qu’il compte sur le bouche à oreille des visiteurs actuels pour témoigner que tout se passe bien aujourd’hui en Tunisie.
A notre retour à l’hôtel, comme la veille, nous ressentons un véritable sentiment de tristesse en voyant tous ces Tunisiens attendre désespérément les touristes, alors que le pays a toujours les mêmes atouts qu’avant et qu’à aucun moment nous nous sommes sentis en insécurité ou avons ressenti une quelconque tension. Lundi 28 mars5h30. A l’heure de repartir en France nous ne sommes pas les seuls à l’aéroport de Djerba. En plus des passagers à destination de Paris et de Düsseldorf, des centaines de réfugiés africains qui fuient la Libye attendent eux aussi un vol. Devant le terminal domestique on a regroupé les Soudanais. Que des hommes assez jeunes qui font tranquillement la queue avec d’énormes valises et des couvertures. Quand les militaires tunisiens les autorisent à entrer certains s’agenouillent pour faire leur prière, d’autres vont se rafraîchir aux toilettes mais tous sont calmes même s’ils ne savent pas à quelle heure ils pourront regagner Khartoum. Au terminal international ce sont les Bangladais qui sont rassemblés au premier étage. Là encore pas d’agitation particulière, organisation bien rodée et aucune gêne pour les touristes. Tranquillement ils viennent chercher de temps en temps une brique de lait et un paquet de biscuit offerts par le programme alimentaire mondial. Le responsable de la distribution est fier : « J’ai vu passer presque 10 000 réfugiés depuis 20 jours, ils sont calmes et ne posent pas de problème. Je me sens utile en les accueillant et je trouve que c’est normal de les aider ». Belle leçon de solidarité de la part du peuple tunisien qui lui aussi souffre beaucoup en ce moment.
De passage à Berlin à l’occasion de l’ITB mi-mars, Mehdi Houas, le ministre tunisien du Tourisme disait « s’attendre à une année désastreuse, la pire pour l’industrie touristique tunisienne » et espérait « au mieux accueillir la moitié de sa fréquentation habituelle cette année ».
Certes une campagne de communication intitulée I Love Tunisia a été lancée mi-février mais sans beaucoup d’effets. Il faut dire qu’elle a précédé de quelques jours des incidents à Tunis et surtout le début de la révolte en Libye.
Frédéric Lefebvre, le secrétaire d’Etat français au tourisme, qui s’est rendu plusieurs fois en Tunisie ces dernières semaines l’assure :« Je dis aux touristes français qu’en Tunisie, la sécurité est là. Quand les touristes découvrent un pays avec son nouveau visage démocratique, ils ressentiront une vraie émotion comme je l’ai vécue. » Rappelons que la France est le premier pays fournisseur de touristes (1,4 millions). Alors n’attendons pas le 14 juillet, date de l’élection d’une assemblée constituante, pour retourner là-bas. La Tunisie est d’ores et déjà prête à nous accueillir de nouveau. Et elle a vraiment besoin de nous. Comment aller en Tunisie ?Avec Tunisair, la compagnie nationale tunisienne créée en 1948, qui a dépassé dès 1977 le million de passagers transportés en une seule année, pour atteindre 3 millions vingt ans plus tard et flirter dorénavant avec la barre des 4 millions annuels. Quant au cumul total Tunisair a franchi le cap des 50 millions de passagers en 1998 et le 87 millionième passager de la compagnie a été célébré le 7 novembre 2008. Renseignements sur www.tunisair.com A lire aussi notre article sur le Seabel Rym Beach de Djerba : http://www.voyage.youvox.fr/Nous-av... A lire aussi notre article sur le Seabel Alhambra Beach Golf & Spa de Port El Kantaoui : http://www.voyage.youvox.fr/Nous-av...
samedi 2 avril 2011, par
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