Organisé par le musée du quai Branly et la Bibliothèque nationale de France, ce colloque s’inscrit
dans le programme des manifestations scientifiques consacrées à la revue et à la maison
d’édition Présence africaine, à l’occasion de l’exposition présentée au musée du quai Branly
jusqu’au 31 janvier 2010 : Présence africaine : une tribune, un mouvement, un réseau.

Ce colloque propose un parcours des « littératures noires » contemporaines et interroge la pertinence et l’actualité même de cette catégorie dans le champ littéraire contemporain. Alioune Diop, Léopold Sédar Senghor et Amadou Cissé Dia à l’ouverture officielle au 1er Festival mondiale des arts nègres, Dakar, 1966.
La catégorie « littérature noire » est le produit d’une histoire singulière. Née après la Première Guerre mondiale dans le creuset des échanges intenses entre des auteurs et intellectuels en Afrique, aux Etats-Unis, dans les Caraïbes et en Europe, cette littérature est attachée à la constitution d’une diaspora noire transatlantique. En France, la littérature noire se cristallise ainsi autour des auteurs de la « négritude » dans les années 30 et d’éditeurs comme Présence Africaine, fondée en 1947. Ce moment historique qui s’étend jusqu’aux années 1960, marquées par les indépendances en Afrique et le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, constitue véritablement la matrice des littératures noires. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Héritiers d’Aimé Césaire, de James Baldwin et de Chinua Achebe, les écrivains noirs ne vivent plus aujourd’hui dans le même univers littéraire, intellectuel et politique que celui de leurs illustres prédécesseurs. Peut-on alors encore parler d’une littérature noire ou même de littératures noires ?
Le colloque aborde ces questions en s’intéressant aux positionnements des acteurs du champ littéraire contemporain. Cela concerne évidemment les auteurs eux-mêmes. Se revendiquent-ils écrivains « noirs », « africains », « noirs-américains », « antillais », « français », « d’expression française ou anglaise », etc. ? Ou bien « écrivain » tout court, « écrivain universel » refusant d’être enfermé dans un stéréotype racial ? En somme, comment les écrivains noirs contemporains pensent-ils leur inscription singulière dans la « république mondiale des lettres » ? Il faut ainsi resituer les positionnements des auteurs dans une littérature mondiale, en suivant les allers-retours des écrivains, des oeuvres et des idées entre l’Afrique, les Amériques et l’Europe. Les fils de ces réseaux tissent-ils alors une nouvelle communauté littéraire ? On ne saurait toutefois aborder les littératures noires en s’intéressant aux seuls auteurs. Il faut aussi prendre en compte tous ceux qui rendent possible l’existence et la circulation des oeuvres. Quels éditeurs publient et traduisent les écrivains noirs contemporains ? Est-ce dans des collections spécialisées ou bien généralistes ? De même, les classements que supposent les rayons des librairies, tout comme les jugements des critiques, la consécration des prix littéraires ou encore les travaux universitaires, sont partie prenante de la délimitation des différents domaines du champ littéraire. Enfin, la question des lecteurs et de la réception des oeuvres est incontournable. Pour quel public ces écrivains écrivent-ils et qui les lit effectivement ? Le cas de la littérature africaine est à cet égard particulièrement évocateur : nombre d’auteurs africains d’expression française sont publiés par des éditeurs français et ont un lectorat majoritairement français, mais ne sont que peu diffusés dans leur pays d’origine. A côté de ce champ littéraire extraverti, il existe cependant une littérature en langues africaines (en swahili par exemple) qui correspond à un tout autre univers éditorial. La question de la langue et des langues est ainsi une dimension essentielle de la littérature noire, qu’elle soit francophone, anglophone, mais aussi lusophone, hispanophone ou encore en langues vernaculaires africaines. Il s’agit en effet de s’approprier la langue du colon en la travaillant de l’intérieur pour la faire sienne, ou bien de se réapproprier sa propre langue en la réinventant à travers la littérature. La notion de créolisation illustre bien un tel processus littéraire. On s’interroge ainsi sur ce que les littératures noires font aux langues. Ce colloque ne propose donc pas seulement une sociologie et une histoire du champ des littératures noires, il se veut également un colloque de littérature : une place importante sera donc accordée à des lectures publiques d’extraits d’oeuvres africaines, noire-américaines et caribéennes.
Colloque « Littératures Noires » 29 et 30/01/10 Bibliothèque nationale de France I François-Mitterrand musée du quai Branly,Théâtre Claude Lévi-Strauss Entrée libre, dans la limite des places disponibles.







